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Chapitre 13 : Souvenirs effrayants
Anton ne répondait pas. Pourtant Déitan ne cessait de l’appeler. Etrangement, il tombait directement sur son répondeur que ce soit sur le téléphone portable ou sur son fixe. Il ne se voyait pas appeler Keikoku, après tout il était question de leur vie privée et il connaissait peu le grand couturier. Il demanderait encore moins à Maedan de l’appeler. Il pourrait apprendre que son frère est homosexuel. Déitan ne voulait même pas imaginer la tête de son aîné après une nouvelle pareille.
Il n’avait pas pu aller voir son amant à cause de ce fichu pot en son honneur. Général des armées et plus tard gouverneur suprême tant qu’on y est. Déitan était perdu. Même si il était fier, il se sentait honteux. Oui honteux de n’avoir rien dit de tout ça à Anton, de lui avoir caché une chose pareille. Déi savait bien que si le jeune couturier ne lui répondait pas c’était pour cette raison. Et Anton avait raison de lui en vouloir. Quand on décide de se mettre avec quelqu’un, il faut pouvoir tout lui dire. Déitan avait mit de côté ce beau précepte.
Assis sur le bord de son lit, il regardait le plafond. Appuyé sur ses mains, un peu penché en arrière, il réfléchissant à comment se rattraper. Peut-être devait-il le rejoindre à son appartement ? Déitan était plutôt pour le laisser digérer la nouvelle. En attendant, il pouvait lui envoyer un sms qu’il lirait après avoir allumé son téléphone. Valore prit donc le sien et rédigea un sms. Je suis désolé Anton. J’aurais dû te parler de ça et maintenant je regrette. Mais moi-même je ne savais pas si devenir général était une bonne chose. J’ai suivi ce que mon frère disait. A présent je sais que je peux faire de bonne chose. Je veux te voir demain, je t’en supplie. Dors bien. Déitan. Le reste, il le lui dira en face. Pour l’instant, il voulait juste calmer Anton avant d’aller le voir. Sur ce le jeune homme se déshabilla et se glissa sous la couette. La journée l’avait fatigué et tout cet alcool lui faisait tourner la tête.
Chez lui, Anton buvait un verre de whisky. Il était dans le noir et installé dans le canapé. Cette histoire lui prenait la tête et plus il y pensait plis il avait envie de tout casser. Un ami était assis dans un fauteuil à côté. Il gardait le silence mais regardait Anton éclairé par la faible lumière des lampadaires à l’extérieur. Anton semblait en colère. Il ne disait mot, il ne bougeait pas non plus sauf pour avaler quelques gorgées de l’alcool fort. Déitan lui avait menti, certes pas omission mais il lui avait menti. Pouvait-on dire qu’ils étaient un couple ? Certes, ils sont jeunes et peuvent trouver d’autres hommes à leur plaire mais Anton ne voulait pas d’un autre amant dans sa vie. Déitan était celui qui lui donnait envie de sourire bêtement.
« Il ne m’a rien dit…tu te rends compte, il ne m’a rien dit ! A moi ! Son petit ami !!! » Finit-il par dire.
« Il avait peut-être une raison… » Répondit l’ami.
« Ouais c’est ça ! Et en plus, il n’est même pas fichu de venir me voir pour m’expliquer ! C’est fini entre lui et moi, fini ! » Rajouta Anton sous la colère.
« Tu l’aimes trop pour ça. Bon… je vais te laisser. Repose-toi bien. Et allume ton portable ! Même si il n’est pas venu il a dû t’appeler.. »
Sur ce, le jeune ami d’Anton quitta l’appartement et rentra chez lui. A présent seul, Anton alluma son téléphone portable comme lui avait conseillé son ami. Son portable se mit à vibrer tout de suite et sur l’écran, une alerte le prévint qu’il avait reçu un sms. Il ouvrit la boîte de réception et lu le message de Déitan. Anton se mit à sourire puis secoua la tête. Il ne se ferait pas avoir comme ça. Posant le téléphone sur le canapé, il le cacha avec un coussin comme pour s’obliger à ne pas appeler Déi. Qu’il vienne, tout seul, comme il l’avait dit dans le sms. Anton ne voulait pas lui pardonner et il ne voulait plus lui faire confiance. C’est donc en colère mais surtout déçu par le comportement de son amant qu’il partit se coucher.
Déitan était couché depuis déjà 3heures mais il ne semblait pas trouver le calme dans son sommeil. Il remuait dans tous les sens, poussait de petits cris plaintifs. Il avait les sourcils foncés et la bouche ouverte. Déi semblait essoufflé. Il donnait même l’impression de souffrir. Il faisait un cauchemar horrible.
Il faisait sombre et froid. Il y avait de la glace et du brouillard. Enveloppé dans un sac de couchage, un homme se regardait dans une glace. Ses cheveux bruns arrivaient à ses épaules et son visage semblait maigre et fatigué. A y regarder de plus près, cet homme ressemblait plutôt à un adolescent et surtout à lui. C’est alors qu’un cri se fit entendre puis un bombardement. L’homme sortit à toute vitesse de sa tente, un flingue dans chaque main. Au sol, il y avait des morts et la neige fine était teintée de rouge. A part le bruit des armes à feu, il n’entendait plus rien. Il voyait juste ses compagnons tomber à terre. Les ennemis s’approchaient et l’homme s’avança, les deux pistolets vers l’avant. Il tira dans le tas, à droite, à gauche sans jamais manquer sa cible. Puis à cour de munition, il utilisa un pouvoir hors du commun qu’est la télékinésie. Un homme vit sa tête arracher, un autre se sentit étouffer lorsque ses poumons furent comprimés et encore un autre se vit dépossédé de ses membres. C’était un vrai carnage et l’homme semblait sans pitié. Il semblait tout contrôler. Mais un ennemi l’attrapa par derrière et le retourna pour lui envoyer un poing dans le visage. L’homme tomba donc à terre. Celui qui était debout pointa son arme vers celui qui était à terre. Pourtant, l’ennemi tomba à terre, mort. Plus loin, un homme vêtu d’une veste rouge couru vers l’autre et l’aida à se relever.
« Dépèche toi ! Il faut qu’on parte ! » Cria-t-il pour se faire entendre.
Ils se mirent à courir, entre les balles. Mais le brun tomba vite à terre. Il venait de prendre en pleine poitrine une balle. L’homme en rouge s’arrêta net en voyant un ennemi face à lui et leva son arme vers lui. Il n’eu pas le temps de lui tirer dessus que son ami blessé utilisa son pouvoir pour tuer leur ennemi. Puis se mettant sur le dos, il cracha du sang. Il leva la main à ses lèvres et quelques gouttes pourpres coulaient du coin de ses lèvres. L’homme en rouge revint vers lui, jeta son arme à terre et traîna son ami le plus loin possible.
Le feu cessa et presque tout le monde était mort. Il restait cinq survivants du camp assailli plus le brun qui mourrait à petit feu. Appuyé contre une caisse, il voyait de plus en plus trouble et cachait de plus en plus de sang.
« Déitan ! Crève pas mon gars ! Tu dois vivre, t’es un bon soldat alors ne nous laisse pas ! On te renvoie sur ta planète, jusque là, tiens bon… » Dit l’homme en rouge en lui tapotant la joue.
« J’ai….j’…j’ai mal…je me sens…mourir.. »
Et le brun ferma les yeux.
Déitan se leva brusquement de son lit en poussant un cri puissant. La main sur la poitrine, il essayait de reprendre sa respiration comme si il avait fait de l’apnée. Paniqué, il avait les yeux exorbités. C’est alors que Densen arriva en trombe dans la chambre. Il vint vers Déi et s’assit sur le bord du lit en le voyant réveiller. Voyant que son ami semblait horrifié, il le prit dans ses bras en lui caressant le haut du crâne.
« Mon dieu Densen…je me suis pris une balle…j’ai tué beaucoup d’hommes et…je me suis fait tirer dessus…je me suis vu en train de me vider de mon sang…et… »
Déitan se mit à pleurer sur l’épaule de son ami. Il était jeune, il était mâture et il était le nouveau général mais il y avait des blessures qui n’étaient pas encore guérie. Il commençait à se souvenir de ce qu’il s’était passé sur Distea. C’était la deuxième scène qui lui revenait.
Le lendemain matin, après avoir finalement dormi un peu et plus tranquillement, Déitan se leva pour prendre son petit déjeuner comme d’habitude. C’est en buvant son chocolat chaud qu’il vit l’heure sur l’horloge et qu’il recracha sa gorgée.
« Je suis en retard ! »
Il rejoignit immédiatement sa salle de bain pour se laver puis s’habilla à toute vitesse. Densen lui tendit une tartine couverte de beurre et Déitan quitta la villa. Pour pouvoir manger, il prit la voiture. C’est en conduisant d’une main qu’il rejoignit le camp militaire pour prendre ses fonctions. Habillé d’un jean et d’une chemise, il pénétra sur la base et se gara. Dans le bâtiment militaire, il déambulant dans les couloirs jusqu’à arriver à la cour extérieur. Plusieurs hommes l’attendaient. Un d’eux avait les mains derrière le dos, un autre avait dans les bras des vêtements militaire.
« Mes félicitations mon Général ! Aujourd’hui nous allons vous montrer comment marche exactement la base et… »
« Et après je déciderai ce qu’il faudra changer. » le coupa Déitan.
L’autre lui tendit les vêtements et Déitan suivit un militaire qui l’amena à son bureau de Général des armées. C’est dans celui-ci qu’il se changea pour mettre la tenue militaire. Il se regarda vite fait et grimaça en voyant ce qu’il portait. Ce n’était vraiment pas élégant mais bon…Il enfila ensuite les grosses chaussures noires puis rejoignit les militaires dans une grande salle qui ressemblait à un amphithéâtre. Il descendit les escaliers pour se retrouver devant un tableau. Il regarda l’assemblée. Plusieurs devaient avoir son âge et Déitan avait du mal à se dire qu’il était le supérieur de tous ces hommes, même des plus vieux. Les mains derrière le dos pour avoir l’air plus sérieux, il s’avança de deux pas.
« Je suis Déitan Valore, votre nouveau Général. J‘attends de vous plus de rigueur. Il semblerait que vous ne sachiez maitriser que votre force physique. Pour ceux qui ont des dons, venez vous inscrire sur cette feuille sur le bureau. »
Déitan montra une feuille de papier blanc sur le bureau qui se trouvait tout en bas de la salle, à côté de lui.
Le reste de la journée se passa tout aussi tranquillement. Déitan visita les locaux, signa pas mal de paperasses, observa les entraînements habituels. Il commençait à se faire une petite idée de ce qu’il allait faire ici. Il ne comptait pas tuer les soldats à la tâche mais améliorer leur niveau était possible. C’est dans son bureau en fin d’après-midi qu’il tapa sur son clavier d’ordinateur le futur emploi du temps. Certes cela faisait un peu étrange de mettre sur papier les démarches à suivre mais au moins, ce qu’il voulait faire allait être suivi à la minute prête. Ainsi, il pourrait juger de la rigueur des militaires. Une fois le planning terminé, il l’imprima en plusieurs exemplaires. Il était l’heure pour lui de rentrer à présent. Il avait des choses à faire enfin une chose précise. Il se changea donc dans son bureau et laissa ses vêtements militaires là. Juste avant de quitter la base, il donna divers papiers à plusieurs militaires hauts gradés pour qu’il fasse passer le message et que tout bon pour le lendemain.
Déitan, au volant de sa voiture appuyait sur l’accélérateur pour arriver plus vite à destination. Il espérait qu’Anton serait rentré du travail sinon il l’attendrait devant la porte. Il devait absolument lui parler quitte à se faire rejeter. Mais ça, il ne voulait pas y penser. Anton et lui avait un lien fort depuis leur premier rendez-vous. Déitan ne pouvait pas le lui dire mais il éprouvait quelque chose de puissant à son égard, un sentiment unique sur lequel il ne voulait surtout pas poser de mot.
Arrivé devant l’immeuble où Anton vivait, il gara sa voiture et monta les escaliers à toute vitesse. Il n’avait ni le temps ni l’envie de le prendre. Arrivé devant la porte en question, il hésita à sonner. Mais puisqu’il était là, autant le faire. Il devait prendre son courage à deux mains. Il avait besoin d’Anton, il devait le lui dire, le lui montrer. Avec ce qui lui revenait en mémoire, il avait besoin de son soutien. Déi appuya donc sur la sonnette et attendit que quelqu’un vienne. Mais personne. Il appuya encore mais Anton ne vint toujours pas. Alors qu’il allait s’asseoir contre le mur en attendant son retour, il entendit des pas précipités et la porte s’ouvrit. Le châtain avait l’air surpris de le voir là.
« Ne reste pas là… » Dit Anton.
Déitan se leva et entra dans l’appartement mais il n’alla pas plus loin que l’entrée. Il n’osa même pas sourire devant le regard froid d’Anton. Il tenta juste de lui caresser la joue mais sa main fut rejetée.
« Tu ne m’as rien dit…c’est comme si tu m’avais menti tout ce temps… » Commença Anton.
« Je suis désolé… » Répondit Déitan.
L’air triste, il se mit à genoux devant Anton et enserra ses jambes de ses bras. La tête contre ses cuisses, il sanglota comme un enfant. Il était si désolé. Déitan garda le silence et laissa couler ses larmes. Le couturier, mal à l’aise se défit de l’étreinte et s’agenouilla à son tour. Voyant les larmes, il les essuya d’un revers de la main et essuya les joues du jeune Valore.
« Je préférais t’en parler une fois sûr…je sais que j’aurais dû le faire avant mais…je ne savais pas moi-même si je pouvais assumer ce rôle…à mon âge et vu ma situation mais mon frère ne m’a pas laissé le choix…et je me suis dit qu’ainsi je pourrai montrer que je sers à quelque chose, que je sais faire quelque chose…me laisse pas s’il te plait, Anton…j’ai besoin de toi… » Expliqua le brun.
Anton prit Déitan dans ses bras et ce dernier se laissa aller contre lui. Ils restèrent ainsi quelques temps dans l’entrée. Déi, une fois calmé, se releva avec Anton et l’embrassa tendrement. Il avait faillit le perdre pour un mensonge. Il n’était pas prêt de commettre cette erreur à nouveau même si il y avait certaines choses qu’il ne pouvait pas avouer.
Ils passèrent la soirée ensemble à s’enlacer, s’embrasser et aussi à parler des nouvelles fonctions de Déitan. Anton lui avait tout de même pardonné parce qu’il tenait énormément à Déitan. Il savait que leur relation ne serait pas rose mais même si il y avait quelques moments heureux, alors tout ira très bien.
Déi resta chez Anton pour la nuit mais rien ne se passa. Ils restèrent simplement dans les bras de l’autre, heureux d’être toujours ensemble. Chacun avait eu peur que cette histoire prenne déjà fin. Rassuré, ils s’étaient endormis avec le sourire. Cette nuit là, Déitan dormit profondément sans se souvenir de rien.

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Keikoku, Petit Esprit de l'Oasis